Paris doit vivre la nuit

 

Se reposer après le travail, c’est aussi se détendre, penser à autre chose, inviter des amis, sortir, etc. Métro-boulot-dodo ? Non, l’homme n’est pas une machine ! Il dort mieux après s’être diverti.

Nouvelles lois contre le bruit

Jusqu’à une date récente, l’animation nocturne avait donc droit de cité, sans que cela pose de problèmes, au moins en apparence. Il y a vingt ans, personne n’aurait prêté attention aux plaintes du réseau Vivre Paris. Les bars poussaient les sonos à leur puissance maximale, de façon éhontée, en laissant la porte grande ouverte.
Ce sont les riverains des aéroports qui, les premiers, ont réussi à se faire entendre, avec la loi du 11 juillet 1985. Dès lors, le bruit est devenu une « pollution sonore ». La mécanique du Ministère de l’environnement s’est mise en branle. Cela a abouti,
le 31 décembre 1992, à une nouvelle loi (n° 92-1444) qui offre un cadre général à la lutte contre le bruit, pour les aéroports, les transports routiers, la construction de logements, les lieux de diffusion de musiques amplifiée.
Depuis, l’étau se resserre avec de nouveaux décrets, de nouvelles lois : obligation d’isolation sonore, contrôles des décibels de plus en plus sévères, durcissement des sanctions, etc.

Les gens qui rentrent et qui sortent

Malheureusement, la nuisance provient aussi des gens qui rentrent et qui sortent de l’établissement. Il est difficile d’empêcher certains de parler avec une voie claironnante.
La législation anti-tabac n’a pas arrangé les choses. Désormais, été comme hiver, devant cafés et restaurants les fumeurs bavardent sur le trottoir au grand dam des voisins !
Les établissements eux-mêmes sont de mieux en mieux insonorisés, mais paradoxalement les plaintes augmentent. Les fermetures administratives de bars se multiplient. Mais, pour le réseau Vivre Paris, ce n’est pas suffisant.

L’enjeu du tourisme

Une ville dortoir, cela n’est pas gênant en banlieue.
Dans la capitale, en revanche, il faut tenir compte des emplois générés par le tourisme : 450 000 aujourd’hui, 700 000 en 2020 et, sans doute, 1 à 2 millions d’ici la fin du siècle*. Réservés jadis à quelques privilégiés, les voyages sont à la portée de tous.

Les heures chaudes de Montparnasse

Dans les années 20, « Paris est une fête » disait Hemingway. Les Américains fuyaient la prohibition, ils étaient attirés par le côté festif de la vie nocturne à Montparnasse. Cette ambiance a été décrite lors de la conférence du 29 mars dernier au Sélect (voir page 11). Il n’y a pas si longtemps, dans les années 70-80 il restait encore beaucoup de vie, des personnalités hors du commun, pas moins de 7 ou 8 cabarets, etc. (voir le journal Monts 14 n° 36).

Paris capitale mondiale de l’ennui

Aujourd’hui, c’est l’inverse, une prohibition rampante vide Paris chaque nuit. Montparnasse est un désert nocturne. Pour faire la fête, mieux vaut aller à Barcelone. Résultat : l’Espagne nous dépasse en termes de recettes touristiques. La presse étrangère ne mâche pas ses mots ; pour le "New-York Times", Paris sera « sans doute bientôt mort la nuit ».

Paris doit vivre la nuit

Une vie nocturne qui ne gêne pas les Parisiens, est-ce possible ? En s’équipant de fenêtres à double-vitrage, les habitants des grandes artères s’accommodent d’une circulation automobile intense, d’un niveau sonore bien supérieur aux bruits de voix. Pourquoi les riverains incommodés par les bars de nuit n’en font-ils pas autant ?
Pourquoi les normes d’émergence sont-elles appliquées
appliquées sans nuance, ce qui
n'est pas vraiment dans l'esprit du décret du 18 avril 1995 : elles ne font pas la différence
entre quartiers calmes ou bruyants*. A quoi cela sert-il de les durcir puisque ce sont les éclats de voix des passants dans la rue qui gênent ? Pourquoi ne pas inciter, tout simplement, les établissements de nuit à s’installer de préférence sur des boulevards déjà pollués par les grondements de la circulation automobile.

* En 2008, Hervé Novelli, secrétaire d’Etat au tourisme évaluait à 200 000 emplois directs et 250 000 emplois indirects l’impact de cette activité en Ile-de-France. L’objectif  était alors une croissance de 50% d’ici 2020.
** Le décret de 1995
ajoute un article au code de la Santé dans lequel est précisée pour la première fois une définition de l'émergence (nombre de décibels en sus du bruit de fond), ainsi que la manière de la calculer.